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Isabelle Haeberlin, la Dame à tout cœur

une Isabelle HaeberlinElle s’est fait un prénom à la force tranquille de ses convictions. Son nom, elle en use sans en abuser, quand il peut être utile aux autres. Car si elle profite de l’aura gastronomique de la dynastie de son époux, Marc Haeberlin, chef triplement étoilé de l’Auberge de l’Ill à Illhaeuseren, c’est pour défendre la diversité, promouvoir la tolérance, donner le goût du partage… grâce à la cuisine ! Tout un programme. « L’art culinaire peut être un très bel un outil d’insertion » explique cette femme d’action.
Un engagement discret, sans tapage, mais efficace : la qualité du travail de son association EPICES* le prouve.

chocolat Isabelle HaeberlinIsabelle Haeberlin semble toujours un peu gênée quand on lui demande de parler d’elle. Aux questions sur le succès de son initiative, elle répond souvent par un sourire lumineux, un tantinet malicieux, puis elle se met très vite à évoquer les gens, ceux qu’elle côtoie autour des casseroles et des fourneaux dans l’atelier cuisine de l’association.
Des gens de cultures différentes, de tous milieux sociaux, de tous âges. Des jeunes en réinsertion, des demandeurs d’asile, des éducatrices stagiaires, des voisins qui donnent un coup de main ou encore des mamans venues d’ailleurs et qui font découvrir leurs recettes. « Ils me touchent, j’ai toujours eu la fibre sociale »,  explique Isabelle Haeberlin de sa voix frêle comme si ça allait de soi. Et de préciser : « Nous aimons partager. » Tout se déroule sur la base du libre engagement. Le vendredi, par exemple, c’est table ouverte – sur réservation – dans les locaux spacieux d’EPICES au cœur de Mulhouse, mis à disposition par la Ville et pour lesquels l’association verse un loyer. Tout le monde s’active. On se répartit les tâches, on apprend à concocter des plats, parfois avec des chefs de la région (Gilles Seiler des Trois Poissons à Colmar, Benjamin Lanoix de La Rochette à Labaroche…) puis on déjeune ensemble autour d’une immense table joliment dressée. Les participants parlent de leur vie, écoutent les autres, découvrent des recettes, partagent leur savoir-faire. Isabelle Haeberlin adore ces moments d’échanges simples.

Tout a commencé… à l’École

Colmarienne de naissance, Isabelle Haeberlin travaillait d’abord dans la déco. Dans les années 1990, changement de cap, pour mieux tenir compte de ses aspirations : elle décide de devenir institutrice et suit une formation dans sa ville natale. Puis fait ses premiers pas dans des instituts médico-éducatifs et professionnels, où elle s’occupe de jeunes handicapés. Son parcours d’enseignante la mène ensuite dans des classes « passerelles ». Au menu : découverte de la réalité des quartiers, prévention des inégalités scolaires, accompagnement des parents pour une meilleure socialisation des enfants. C’est le déclic. La fibre sociale qui sommeillait en elle peut enfin s’exprimer. « J’aimais beaucoup accueillir les enfants avec leur maman, c’est un peu le concept du ‘’comme à la maison’’, on vient à l’école quand ça ne va pas ailleurs. »
Dans les ateliers organisés par l’association, c’est aussi comme à la maison. Isabelle Haeberlin en est convaincue : « La cuisine est un des premiers lieux d’éducation et de socialisation. » En souriant, elle ajoute : « J’ai un peu le même parcours que certaines personnes qui viennent à EPICES. »

assiette Isabelle HaeberlinUne rencontre avec Slow Food lui donne des ailes

Carlo Petrini est un sociologue italien, critique gastronomique. Il a fondé le mouvement Slow Food International en 1986 en réaction à la mode de la restauration rapide, pour lutter contre la malbouffe en sensibilisant les citoyens à l’éco-gastronomie et l’alter-consommation. Isabelle Haeberlin le croise à Rome en 2008 lors d’une rencontre entre chefs étoilés… Petrini réagit avec surprise lorsqu’elle lui parle de son engagement dans les quartiers et l’incite à continuer d’agir, autrement. Deuxième déclic. Isabelle décroche un rendez-vous avec le rectorat à Strasbourg: « J’aimerais développer un projet qui me tient à cœur, faire de la cuisine avec un public différent… » Quelques séances d’explications plus tard, feu vert de l’Académie ! Les partenariats s’enchaînent : Éducation Nationale, Direction de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Forêt d’Alsace, collectivités locales, Protection Judiciaire de la Jeunesse, Allocations Familiales… EPICES voit le jour en 2009.

De l’insertion sous un angle neuf à la sauvegarde des Territoires

Les rencontres avec les mamans, c’est le lundi, avenue du Président-Kennedy au siège de l’association. « Parfois, en France, les étrangers ont honte de faire leur cuisine, constate Isabelle Haeberlin. Il faut leur redonner la fierté de leur savoir-faire. Pour qu’un enfant réussisse, il doit être fier de ses origines, de ses parents. » Rétablir la confiance, l’estime de soi et des autres, c’est aussi la mission d’EPICES. Et il arrive à Marc, le mari, d’apporter sa contribution. De temps en temps, il met l’Auberge de l’Ill, excusez du peu, à la disposition de l’association. « C’est beau, dit Isabelle, les gens voient qu’ils ont de la valeur. »
Quand on lui demande ce qui la révolte, aujourd’hui, elle répond calmement. « J’espère qu’on pourra continuer à manger de bonnes choses, manger sainement. » Chez les Haeberlin, le respect de l’environnement et des territoires, l’engagement pour la qualité des produits est presque un sacerdoce. Isabelle achète bio le plus souvent possible et chez les producteurs de la région. Elle le clame haut et fort, avec élégance et sobriété.

Les grandes dates de sa vie
– 1963 Naissance à Colmar
– 1997 Débuts dans l’enseignement
– 1998 Épouse Marc Haeberlin, de L’Auberge de l’Ill
– 2008 Rencontre avec Carlo Petrini, fondateur de Slow Food
– 2009 Création de l’association EPICES
– 2013 Ouverture de l’atelier de cuisine dans les locaux de l’association à Mulhouse

EPICES : Espaces de Projets d’Insertion Cuisine Et Santé –
www.epices.fr
Tél. : 03 89 57 95 79

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