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Graine de cirque : les semeurs de rêves

L’école de cirque strasbourgeoise Graine de Cirque a été fondée il y a 25 ans. Depuis ses débuts, elle promeut les arts du cirque en se mettant au service de l’épanouissement personnel, des échanges et des rencontres. Retour sur un quart de siècle avec ceux qui ont été et sont encore les acteurs de cette école : le fondateur Alain Faivre, l’homme qui a implanté le cirque en Alsace, Yann Panchot, l’actuel directeur, dont l’ambition est de développer le cirque professionnel dans la région, et Paul Herzfeld, l’as du mât chinois, enfant de Graine de Cirque et aujourd’hui artiste international.

yann-panchotSous un des trois chapiteaux situés aux abords du Jardin des Deux-Rives à Strasbourg, des adultes en situation de handicap semblent prendre plaisir à jouer les équilibristes. « Ils n’ont pas beaucoup l’occasion de sortir des instituts spécialisés, ces moments participent à leur épanouissement personnel », glisse Yann Panchot, directeur de Graine de Cirque depuis 2010. Le cirque « adapté » fait partie des secteurs d’activité chers à l’association, avec les interventions en établissements scolaires et les cours en loisirs. Ces derniers occupent la plus grande partie de l’activité à Graine de Cirque. Après l’école ou pendant les vacances, ce sont 450 enfants et adolescents chaque année qui viennent apprendre à jongler, marcher sur une boule ou encore se suspendre à un trapèze. Mais pas uniquement. « Nous travaillons avec la vision du cirque contemporain. On ne fait pas faire les choses sous la contrainte, mais en fonction des capacités de chacun. Nous encourageons le vivre-ensemble et les valeurs humanistes et démocratiques », explique Yann Panchot.

photo-pisteurs-detoilesLa philosophie de l’école est la même depuis 25 ans, malgré les difficultés inhérentes à toute vie associative. Arrivé à Graine de cirque en 2002 en tant que professeur, Yann Panchot a été formé par Anne Knipper et Alain Faivre, fondateur et ancien directeur de Graine de cirque jusqu’en 2008. La succession a été délicate. « Tout reposait sur moi et je n’ai pas beaucoup délégué », confie Alain Faivre, désormais coordinateur pour l’accompagnement des adhérents au sein de la Fédération française des écoles de cirque, à laquelle adhère Graine de Cirque. « Mais l’école a toujours bien fonctionné et aujourd’hui, le niveau est plus élevé qu’à mon époque, avec des pédagogies différentes. »  Ce que confirme l’actuel directeur : «  Nous nous inspirons des pédagogies nouvelles telles Freinet et Montessori, qui invitent l’enfant à être acteur plutôt que spectateur. Nous préférons que l’enfant développe sa propre façon de faire, plutôt qu’il mime son professeur, le chemin est tout aussi important que le résultat, voire plus. Quand je vois ce que Des mômes hauts comme trois pommes peuvent inventer comme trucs ! » s’exclame-t-il avec enthousiasme.
Ses propos sont partagés par Louise, dix ans, qui participe depuis plusieurs années aux stages pendant les vacances. Depuis un an, elle se rend tous les samedis à Graine de Cirque : « Je fais beaucoup de trapèze, de l’équilibre sur boule et sur fil. Je me suis fait des copains. On rigole beaucoup et c’est bien, on n’a pas à se retenir. On peut apprendre vite parce que les animateurs ont de la patience avec nous et sont gentils. Si on n’a pas compris, on a le droit de demander et redemander. Y a beaucoup de choses qui sont difficiles à faire, mais si on essaie, si on ne perd pas trop patience, alors on y arrive. Les animateurs disent que même si tu as peur, tu peux essayer quand même. »

photo-graine-de-cirqueUne école au succès grandissant

« Au départ, nous avons attiré un public culturellement très sensible au monde du cirque, rejetant la compétition sportive, se souvient Alain Faivre. Très vite, nous avons reçu beaucoup d’élèves et les parents ont alors demandé une structure pérenne et un élargissement des créneaux horaires. » C’est ainsi que l’école, d’abord itinérante, s’est installée à Schiltigheim puis à Strasbourg. L’équipe, mais aussi les artistes, les bénévoles et les parents ont relevé les paris au fil des années. Aujourd’hui, un des défis de Graine de Cirque est de développer la création contemporaine et de créer une véritable dynamique autour des arts du cirque en Alsace et dans le Grand Est.
« À moyen terme, nous aimerions permettre un peu plus de diffusion. Par rapport à d’autres régions, les arts du cirque sont peu présents en Alsace et il existe peu de compagnies locales et de structures pouvant les accueillir », regrette Yann Panchot. C’est pour cette raison que Graine de Cirque a décidé de relancer Noël en Piste en 2015. Cet événement veut rassembler le grand public, les établissements scolaires et les compagnies françaises et étrangères, montrer ce que peut offrir le cirque avec toutes ses composantes : le théâtre, la danse, la musique…

Le mât chinois ou l’art de défier la gravité

« Quand nous avons créé l’école avec quelques amis, dont Anne Knipper et Pierre Bertrand, je ne m’imaginais pas l’ampleur que ça prendrait », avoue Alain Faivre. « C’est le projet de ma vie, une sacrée aventure ! » L’ancien directeur continue d’y donner un coup de main bénévole, parce qu’il s’y sent bien. Sa fille, Alba, est devenue professionnelle et a fondé la compagnie Mâtrice avec notamment Paul Herzfeld, l’un des spécialistes mondiaux du mât chinois. Ce jour-là, celui-ci vient s’entraîner sous un des chapiteaux.
Il connaît bien la « maison ». Originaire de Schiltigheim, Paul Herzfeld a découvert le cirque lors des tous premiers stages d’été proposés par Graine de cirque alors qu’il avait seulement neuf ans. 25 ans plus tard, il se produit partout dans le monde. On le retrouve lors d’un spectacle pour les trente ans de la compagnie Itinéraires à la Vill’A d’Illkirch-Graffenstaden. Le public retient son souffle devant cet homme qui défie la loi de l’attraction. Avec le mât chinois, cette barre verticale de plusieurs mètres de haut, il joue à chat perché. Une dame manque de flancher comme si c’était son propre fils qui tombait du haut d’une tour. Outre la prouesse technique, le jeune homme sait « parler » à son mât, il le regarde, le frôle, l’empoigne… et interagit avec les musiciens qui l’accompagnent.
L’enfant de Graine de Cirque se produit depuis plus de dix ans sur les scènes françaises, allemandes, russes ou américaines lors de spectacles de rues, cabarets et festivals. La reconnaissance ne s’est pas fait attendre. Après ses études à l’école nationale de cirque de Montréal où il découvre le mât chinois, il est embauché dans une grosse production à Las Vegas. C’est dans le pays berceau de sa discipline qu’il obtient, quelques années plus tard, en 2009, la médaille d’argent au festival international de cirque de Wuqiao. Il a aussi enseigné dans les écoles de cirque colombienne et marocaine.

photo-graine-de-cirque-3« Le danger, c’est d’oser aller devant le public »

Le « mât chiniste » avait pourtant d’abord jeté son dévolu sur le monocycle puis failli arrêter à l’adolescence. « J’étais dans un groupe avec des enfants plus jeunes que moi, mais heureusement, d’autres jeunes de mon âge sont arrivés à Graine de cirque. » Avec deux copains, qui, comme lui, viennent en plus des créneaux horaires établis, il créé une compagnie amateur. La Compagnie Faux Né se produit dans les rues, les brocantes et notamment en 1998 au festival du nouveau cirque d’Obernai, aujourd’hui connu sous le nom de Pisteurs d’étoiles.

« Je dois tout à l’école. Elle était pour moi un lieu d’épanouissement. J’avais besoin de bouger beaucoup, mais les sports que j’ai pratiqués m’enfermaient dans un carcan. Avec le cirque, je pouvais aller dans la direction que j’avais choisie. On ne nous proposait pas une voie à suivre, mais plutôt à construire. » Avec ses professeurs Alain Faivre et Anne Knipper, il a appris le travail de la scène, au-delà de la technique. « J’envisage l’agrès comme un médium d’interprétation et pas une finalité en soi. »

Ce qu’il retient également de ses dix ans à Graine de cirque, c’est l’importance accordée aux partenaires de scène. « On est responsable d’eux et en retour, on doit pouvoir leur faire confiance parce que, parfois, on peut mettre sa vie entre leurs mains. » Le danger, Paul Herzfeld en a conscience, mais le risque est géré, selon lui. Comme le dit Yann Panchot, « le danger, ce n’est pas être à plusieurs mètres du sol, mais d’oser aller devant le public ». La magie de ce contact, l’artiste l’a toujours appréciée. « Le public me porte, même si je suis malade ou fatigué. Parfois, on est en super forme, mais il ne se passe rien, ça dépend de sa réceptivité. » Quand on lui parle de l’avenir, le jeune homme de trente-quatre ans répond qu’il a envie de continuer à créer de nouvelles choses et d’en essayer beaucoup d’autres. « Je sais que je ne pourrai pas faire ça toute ma vie. Avec l’âge on récupère moins vite de ses blessures. Je me suis déjà posé la question de la suite, quand je serai plus vieux. Mais je n’ai pas encore trouvé de réponses ! »

Texte de Fabienne Delaunoy.
Photos fournies par Graine de Cirque.
Pour en savoir plus : www.grainedecirque.asso.fr

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