Accueil > Opinion > Éloge des arômes intenses et vivants

Éloge des arômes intenses et vivants

par Hilaire Derien

Ne vous moquez pas de moi, je suis certain que cela vous arrive aussi : nous savons tous – et moi le premier – que les prévisions météo et la réalité, cela fait deux ! Mais bon, ce soir-là, j’ai succombé… 

Je m’apprêtais à rejoindre des amis pour prendre un verre en terrasse sur une belle place de Strasbourg, il suffisait d’un coup d’œil par la fenêtre pour prévoir une bien belle soirée. Apparaît alors à l’écran un soi-disant météorologue : « Les agriculteurs vont être contents, la pluie arrive », annonce-t-il, d’une voix et avec l’allure de celui qui annonce la punition céleste : il va pleuvoir !

Les mister et miss météo sont-ils porteurs d’une nouvelle définition du bien et du mal ? Les néo-démons sont dans les nuages. Ils envoient de la pluie pour faire plaisir aux agriculteurs. Et pour enquiquiner les citadins, pour qui les anges bienfaisants ne peuvent être que dans le soleil. Interloqué par cet étrange mystique, sans doute ancrée sur une solide ignorance des choses de la vie et du monde, je rejoins mes amis en quelques coups de pédale. En terrasse comme prévu, car les annonces d’humidités diluviennes et télévisuelles n’ont pas été confirmées en Alsace…

J’ai à peine le temps de saluer la compagnie et de m’installer. L’un des habitués m’interpelle vertement : « Comment peux-tu avoir confiance dans la bio ? Avec la pollution atmosphérique et la diffusion des pesticides par les voisins, il n’y aura jamais du bio à 100 % ! », me lance-t-il. « Tu as raison, lui dis-je. Avec les restes des pollutions ambiantes, provoquées par les transports, les chauffages mal maîtrisés et les épandages des non bio, oui, il peut y avoir des résidus. Mais quand tu vois certains agriculteurs asperger des produits chimiques en tenue de cosmonaute, comment peux-tu croire que leurs produits soient sains ? Et comment alors les avaler sans crainte ? Il faut commencer à remettre les choses en place. Moi je suis persuadé que la bio est la seule solution, même si tout n’est pas parfait. »

En guise de manifestation tangible de mon raisonnement, je commande une bouteille d’un « vin nature » élaboré par un ami vigneron. L’étiquette est créative, elle intrigue ceux de mes compagnons d’un soir, non encore initiés à ces cuvées composées exclusivement de jus de raisin fermenté. Oui, sans rien d’autre !  Et avec, dans le verre, une palette d’arômes intenses, vivants, peut-être même oubliés.

Autour de la table, après la dégustation réussie, les conversations reprennent sur la marche du temps, les mille et une histoire des uns et des autres, sur la vie et ses passions. Car comme disait très justement la baronne de Rothschild : « Il n’est de vérité que dans le verre vide. » Même le convive critique envers la bio se rend à l’évidence : la nature a de bien beaux restes, malgré les zélateurs de la chimie dans les vignes et dans la cave.

D’ailleurs, c’est étrange. Pourquoi critique-t-on d’abord ceux qui veulent simplement collaborer avec la nature, plutôt que ceux qui la salissent ? Bon, j’avoue. Nous avons pris une deuxième bouteille de ce vin qui a réconcilié la tablée avec le monde paysan. Une terre, des plantes, des fruits… S’gilt !

Des lecteurs attentifs auront remarqué que notre chroniqueur Hilaire Dutemps n’écrit plus dans MVA. Parti sous d’autres cieux sans crier gare, il a eu l’extrême courtoisie – l’une de ses nombreuses qualités – de nous inspirer un successeur, dont vous avez découvert la plume « libre » ci-dessus.

Dessin Fotolia / Insécable

Lire aussi

Batterie à plat

Une vraie vie de poule… Pas de promenade dans la nature, pas de lumière du …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *