Accueil > Air du temps > Charles Stoehr et Daniel Starck : quand les paysans se font boulangers

Charles Stoehr et Daniel Starck : quand les paysans se font boulangers

Certains n’ont pas attendu la vague du bio pour s’y intéresser et produire dans les règles d’une agriculture respectueuse de la nature et de l’humain. Loin d’une démarche marketing et commerciale, Charles Stoehr, avec d’autres, a été un des tout premiers en Alsace à vouloir manger et nourrir les autres sainement. Il a ainsi réouvert la voie au concept de paysan-boulanger, un métier qui avait disparu. Quarante ans après, Daniel Starck continue de faire vivre cet esprit.

«Je voulais faire du bio », explique le vieil homme. L’achat au supermarché d’un gigot de dinde décevant a été le déclencheur. Fils d’agriculteur, Charles Stoehr se met alors à fabriquer du pain tout en cultivant des pommes de terre, quelques légumes et du blé. Il vend ses produits en Allemagne où les consommateurs sont davantage prêts à cette révolution de la production et de la consommation. « Pour vivre, j’ai commencé à me diversifier, notamment avec l’élevage de moutons. Les bêtes me permettaient de ne pas avoir à mettre beaucoup d’engrais sur les cultures. »

Charles Stoehr ou l’amour du travail

Les difficultés sont arrivés lorsque le remembrement lui a fait perdre les bonnes terres. « Je ne faisais pas partie des décideurs locaux et n’étais pas du tout soutenu dans ma démarche », se rappelle-t-il sans aucune amertume. Sa rencontre avec le président alsacien du réseau Lemaire au milieu des années 70 lui fait découvrir la méthode Lemaire-Boucher permettant d’exclure l’emploi d’engrais et de pesticides chimiques. « Le voisinage s’est moqué de moi, ça a été parfois difficile moralement », se souvient le paysan.

artisan-boulanger

Au milieu des années 80, le premier marché bio d’Alsace du nord s’installe à Kaltenhouse. Il y vend son pain, des légumes et des œufs. Dans le même temps naît l’association Graine à Haguenau et c’est ainsi que, jusqu’en 2012, Charles Stoehr, pourtant déjà âgé de quatre-vingts ans, y vend une vingtaine de pains par semaine. « Le bio a quand même fini par arriver et être accepté  », se réjouit-il.
Daniel Starck l’écoute d’un air amusé. « J’ai eu des lectures ʽsubversivesʾ qui m’ont amené à changer de voie », raconte-t-il. En 1996, il reprend la ferme familiale de Seebach de vingt-cinq hectares. « Je voulais moins d’intermédiaire, plus d’autonomie, des prix plus justes. » Dès le départ, sa démarche est clairement en faveur d’un retour à une nature plus proche. « Mon père a eu un peu de mal à comprendre mon choix ; j’avais fait des études d’ingénieur et pour lui, en devenant paysan, je faisais marche arrière. »
À ses débuts, l’ancien ingénieur produit des légumes, des céréales et fabrique du pain. Comme sa grand-mère, il débute dans la cuisine de la maison puis avec un pétrin en bois. Il rachète ensuite un moulin de la ferme Frintz avant d’investir dans un moulin en granit « pour préserver les qualités du grain et produire une farine riche et vivante. » En 2001, le paysan-boulanger ouvre une épicerie bio au sein de l’exploitation et y vend du pain mais aussi des légumes et des produits divers.

Création d’une scop et association avec Thierry Schweitzer

En 2008, Daniel Starck s’associe avec d’autres producteurs pour la création d’une Scop, La Ferme aux Sept Grains. Elle a permis d’intégrer la supérette du boucher-charcutier Thierry Schweitzer à Wissembourg où Daniel Starck, avec une quinzaine d’autres paysans, vend ses produits. « Le bio se développe, tant du côté des consommateurs que des décideurs économiques. Quand on va voir les financeurs, ils ne nous ¨rigolent plus au nez ¨ car ils savent que nous sommes aussi des acteurs de l’économie locale. »

Cet article est un extrait du reportage de Fabienne Delaunoy publié dans MVA n°5.

four-a-pain

Lire aussi

Un gite peniche en alsace

Un gîte au fil de l’eau : la péniche de Frédérique et Marc à Dannemarie

Le Sundgau est une région riche en paysages mais on ne s’attend pas à y …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *